11/03/2009

Le tour du monde en 14 jours

salonAuto 052.jpg"Quatorze jours de voyage, de nomadisme moderne   

avec des billets d'avion électroniques, des cartes de

crédit, des bons d'échange et un téléphone portable

qui a marché dans toutes les villes.

Je reviens à Paris fatigué mais heureux d'avoir vérifié

que la terre était ronde.

J'ai onze nuits passées à l'hôtel et une nuit dans

l'avion entre Singapour et le Cap mais il manque

deux nuits! Evaporées par les décalages horaires."

Raymond Depardon nous montre cent vingt photographies "sublimes" selon l'éditeur et d'une banalité sans appel dans un petit livre qui nous donne à voir le monde d'aujourd'hui. Un inédit dans le cadre dela Fondation Cartier pour l'art contemporain et de l'exposition Terre natale, Ailleurs commence ici.

 "Une façon d'arrêter le temps qui passe trop vite? D'alléger ma conscience?". Raymond Depardon a souhaité compenser les émissions de CO2 liées à son voyage en faisant appel à la fondation suisse Myclimate. Les 45 167 km en avion ont généré  17 246 tonnes de carbone. Il a donc reversé 1234 Euros à Myclimate.

R.D. "n'est pas qu'un photographe, non plus qu'un cinéaste ni un écrivain. C'est un regard." Le petit ouvrage de la collection Points recense tous ses ouvrages, films et installations.

Il illustre la thèse de Virilio selon laquelle, avec nos prothèses électroniques et notre mobilité inconditionnelle,nous sommes tous devenus des sédentaires!

Constat avéré. L'ailleurs commence ici et se termine, comme l'installation parisienne de la Fondation Cartier, le 15 mars dans un Salon de l'auto devenu salon de la photographie!

Pour vous rendre au salon de la phautographie, rendez vous sur ce blog particulièrement extra---ordinaire

Un beau résumé des quelque 25 à 30 millions d'images qui (selon mon estimation) honoreront nos belles mécaniques dans la ville du Jet d'eau...

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17/02/2009

DEPARDON et les accidents de la Connaissance

LA TERRE.JPGDrôle de titre pour assurer une transition avec mon précédent billet. Les trains à la carte, c'est du passé! Et nous sommes tous devenus des sédentaires! Allusion à un débat entre Paul Virilio et Raymond Depardon à la Fondation Cartier et à l'exposition Terre natale (et fatale) qui s'y tient jusqu'au 15 mars.

Débat quelque peu intello (à réécouter sur le site de la Fondation) devenu soudainement très concret, jeudi 12 février à 23 heures et 3 minutes, en gare de Fribourg. A l'occasion d'un ratage de correspondance impossible. Les voyageurs connaissent bien le couperet de l'aiguille des minutes voulu par le systéme. Quand l'autre train part à 23h 03 pile, vous êtes faits comme un rat. Inutile de se plaindre et à qui? Disparu le chef de gare et son bon sens. Ecrire aux CFF? Ils vous répondront qu'il faut 5 minutes de battement et que cela... alors que 60 secondes auraient suffi...

Je me suis donc retrouvé  nomade en pleine nuit. (Les nomades sont ceux qui ne peuvent être ou qui ne sont plus connectés au système qui nous gouverne et bien plus que nous le croyons, ce qui permet à Virilio de parler des accidents de la connaissance). Et dont je suis ici victime.

Des écrans bleu m'indiquent que je peux revenir sur mes pas, en l'occurrence repartir sur Genève. Assez absurde (d'autant plus que des raisons intimes m'interdisent d'inverser ou de confirmer, je ne sais plus, le sens de La Modification de Butor).

Je revenais de Carouge GE où j'avais assisté dans les meilleures conditions à la projection de La Vie moderne au cinéma Bio. Le film de Raymond Depardon, qui relate la vie des derniers paysans des Cévennes, what else?, jouit d'un succès d'estime tout relatif. La disparition du monde paysan, c'est pas très sexy aux premiers abords et c'est même tarte à la crème. (Comme on a le temps de réfléchir dans un train, je crois bien que le fameux rapport Mansholt sur la diminitution des actifs dans le secteur primaire, et qui fit scandale, va sur ses quarante ans...)

Chef d'oeuvre pour les uns, chef d'oeuvre absolu pour moi. Depardon a réalisé le film de tous les risques. Dix ans, une seule prise à un peu plus d'un mètre, extrêmes limites. Certaines séquences appartiennent définitivement à l'Histoire du cinéma. Et ce n'est pas Godard qui me contredira! Curieusement, on s'aperçoit après coup et, en premier le réalisateur, que l'on est en présence d'une nouvelle mort du cinéma. Impossible d'aller plus loin. Que tout est affaire de langage, "langage occitan, du passé... ou peut-être de l'avenir? ...Je ne sais pas?" (R.D). l

Les philosophes qui s'interrogent sur la Terre natale et fatale penchent pour la seconde hypothèse. Moi, j'ai fini par prendre un taxi. Puis le parti des philosophes.

Conversation avec en filigrane la voix d'Etienne Fernagut et de sa Ligne de coeur. Celle qui nous rassure parce qu'elle évoque les plus malheureux que nous? Mon chauffeur pense à ces enfants handicapés qu'il transporte quotidiennement. Rassurés par des aléas qui nous replacent à l'intérieur de nos propres limites? Quand le prix du carburant augmente, on part plus longtemps à la pêche (non pas aux clients mais aux poissons en Gruyère!).  

Et nous voilà déjà arrivés, devant ce restaurant "où l'on mange si bien" mais qui est fermé depuis dix ans. Il est à vendre, mais n'a pas été vendu: les pancartes ont été arrachées par la dernière bourrasque. Ainsi va la vie...