06/01/2010

Fatale Facel

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Grossière erreur dans mon billet concernant la disparition d'Albert Camus nécessitant une mise au point. La Facel dans laquelle il avait pris place n'avait pas une puissance de 253 CV mais bien de 355 chevaux comme le mentionnait JLK dans 24 Heures de mardi.

 360 chevaux selon le numéro catalogue de la Revue Automobile de l'époque. Puissance considérable, même s'il  ne s'agit que de CV SAE, mesurée sans les aggrégats, d'un V 8 amélioré de 5,9 litres provenant de chez Chrysler.

L'accident est survenu dans une ligne droite. Selon des témoins la voiture roulait rapidement, peut-être 130 km/h. L'article du Monde paru le lendemain mentionne comme cause possible l'éclatement d'un pneu gauche, voire un malaise du conducteur. Aprés le choc contre le platane, le moteur a été projeté à 30 mètres (ainsi que la valise contenant le manuscrit Le premier homme qui sera publié en 1994).

Quatre personnes occupaient la voiture. Le conducteur Michel Gallimard succombera cinq jours plus tard. Aucune mention des autres passagers dans Le Monde qui termine l'article en affirmant que l'écrivain avait 43 ans (47 !). Deux femmes se trouvaient à l'arrière: Anne, sans doute l'épouse d'Albert ainsi que la mère (ou la fille, mais de qui?). Elles eurent la vie sauve au fait qu'elles furent éjectées de l'auto. Albert voyageait à l'arrière. Après le repas, quelqu'un lui dit: "Prenez place à l'avant, vous serez plus à l'aise".

Un bouquin sur les dernières heures d'Albert Camus vient de paraître chez Actes Sud. Je ne l'ai pas lu et tout le reste n'est que conjecture de ma part!  

Consultant ma documentation, force est de constater que les Facel HK 500 avaient une tenue de route plus que hasadeuse. Voiture de prestige destinée à remplacer les dernières Bugatti (souvent carossées en Suisse chez Gangloff), Talbot et autres Delahaye, son chassis n'était guère plus moderne avec son essieu arrière rigide et  ses suspensions à ressort à lames. Direction imprécise et  train arrière sautillant jusqu'à la perte de prise de contact avec la chaussée. "Le passager devait se cramponner pour ne pas être ejecté de son siège" selon un connaisseur. Il faudra le talent du pilote et journaliste Paul Frère pour mener la bête à sa vitesse de pointe de 237 km/h.

Les autos étaient dessinées par le patron Jean Daninos. Suivront des Facelia plus sages. (Facel signifie Fabrique d'automobiles et de carosseries d'Eure-et-Loire).

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Vue du chassis rudimentaire, qui aurait mérité une mise au point, piquée sur un forum. L'expérience de compétition des Ferrari, Maserati, Jaguar et Aston-Martin était un gage de sécurité.
La carosserie? Comment les passagères ont-elles été éjectées? Sans doute par les portières. Le modèle Excellence était une limousine avec des portes arrières "suicide" ! Mais le modèle de Gallimard était sans doute un coupé (également sans montant central).
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Un incident moteur a également été évoqué. Il est possible que les double-carbus quadruple corps aient crachotés. Et plus qu'un malaise du conducteur, je tendrais à une poussée de machisme du nouveau propriétaire face à un Albert Camus (et cela nous pouvons le croire) qui n'en n'avait cure.
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Un modèle similaire ramenée de Los Angeles à Hong-Kong en vue de restauration!
En dix ans, Facel-Vega aura prduit un peu plus de 800 voitures. Les dernières furent exposées au Salon de Paris 1964... en l'absence des représentants de la marque! Interdits de stand à la demande du Ministère des finances et de l'actionnaire Sud Aviation. Un fait avéré rapporté par monsieur Daninos.

04/01/2010

Albert Camus

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Le 4 janvier 1960, j'allais sur mes quinze ans, Albert Camus se tuait dans un accident de voiture. "Mort absurde", il occupait la place du mort dans la Facel Vega de 253 CV que son ami Michel Gallimard venait d'acquérir.

Banal accident au Petit-Villeblin dans l'Yonne, aussi stupide que celui de James Dean cinq ans auparavant. Mort absurde: Camus avait son billet de retour pour Paris dans la poche.

 J'avais vu les photos dans Match comme celles de Françoise Sagan au volant de son Aston Martin. Je n'avais ni lu Bonjour Tristesse, ni l'obligatoire Etranger.

Un jeune Prix Nobel  (47 ans)s'écrase contre un platane! Pour entrer dans la mythologie de la bagnole. Jérôme Garcin nous rappelle, 50 ans après, que Camus détestait la vitesse et qu'il est tout aussi absurde de la faire entrer dans le peloton des casse-cou du volant.

Romantisme d'un autre temps. Les mythologues rappellent la mort brutale de Roger Nimier deux ans plus tard sur l'A 13. J'ai failli le confondre avec Roger Vaillant, amateur de Jaguars et nonobstant victime de la fumée qui tue, que l'on retrouve dans L'Eternel sentit une odeur agréable de Chessex.

Dans mon imagerie personelle s'ajoute une Gulia enfoncée contre un arbre. C'était Hugo Koblet, en 1964. J'avais mon pemis de conduire, quelques mois avant Sheila... (Salut les copains  annonça la nouvelle vers 15 heures, un jour de printemps).

"L'absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence déraisonnable du monde" écrivait Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe (1942).

Rien de plus absurde qu'un arbre à nos yeux. Pour notre génération, Camus était un écrivain mort, loin du Panthéon et de la fausse bonne idéée de Sarkozy. Ecrivain engagé, "moins engagé que Sartre". Nous avions besoin d'un modèle, d'un chef de file. Je m'étais abonné aux Temps Modernes; je les revendis à bon prix à la Librairie Marguerat (pobablement l'équivalent d'un plein d'essence).

Alors, cinquante ans après sa disparition, Albert Camus demeure un contemporain à découvrir dans un monde bavard de plus en plus muet. Le remarquable entretien d'Etienne Barillier avec Michel Beuret dans la revue de l'Unil Allez savoir ! nous plonge dans l'actualité d'un grand écrivain face à "la servitude volontaire" envahissante.¨

Le document PDF  est en ligne.

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(crédits: Karsh, ?, Blick)koblet.jpg

00:42 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : camus, barillier, sartre | |  Facebook |