04/05/2009

Jeunesse, alcool et autres potions

jeunesseCor 034.jpgFête villageoise. Elle dure quatre jours, voire plus si entente, et l'alcool y coule à flots. Les bals ou mieux vu, les bars du samedi attirent une jeunesse venue de loin à la ronde. Un groupe se forme autour d'un jeune éméché qui vient d'être trempé dans la fontaine et qui,nonobstant peine à retrouver ses esprits.

C'est à ce moment qu'un hurluberlu me photographie avec son gros appareil. Il m'explique qu'il réalise un projet dans le cadre de l'ECAL dont la thème est... les vieux dans les Fêtes de Jeunesse! De se retrouver de l'autre côté du miroir, ça tombe bien pour moi qui vient de décider d'arrêter la photo.

Des vieux, ou des adultes, il n'y en a guère. Elle leur comportement n'est guère adapté par rapport à la scène à laquelle je viens d'assister. Une dame appelle la police et attend vainement sa venue... Il s'avère qu'elle connaît le jeune puisque elle proposera de le ramener pour qu'il puisse se changer (avant de revenir faire la fête?).

A l'écart de la fête, une jeunette, moins de 14 ans, accompagnée de deux fillettes. Je l'entends dire "on y va!". Elle sort de son sac un flacon qu'elle vide d'un trait avant de l'abandonner à terre. Un demi-litre d'amaretto 17% vol. C'est moi qui reste "estomaqué"... On me dira ensuite que c'est vachement bon mélangé avec du bovidé rouge. Je découvrirai d'autres flacons étrangers à l'assortiment proposé par la société de Jeunesse. La nuit sera longue et les défonces vont se succéder. Je crains le pire en matière de binge drinking.

Ma nana beaucoup trop jeune a utilisé l'alcool comme une arme, pour se donner du courage, pour la transgression qui fait partie de la fête et de son élément initiatique. Même utilisation de l'alcool par quelques allumés venus pour semer le trouble. Ils sont rapidement remis à l'ordre dès leur arrivée par un service de sécurité efficace et bien rôdé. Trois types à l'aspect plus qu'imposant repèrent rapidement les points chauds.

J'ai repris ma caméra qui me force à une vision plus objective (eh oui ça sert à ça la photo!).  Beaucoup de jeunes me prennent pour le représentant de tillate. Un autre me demande si je photographie pour la radio. Indice d'un certain niveau éthylique confirmé par le temps qu'il met à me photographier avec son portable.

Discussion avec un groupe qui me déclare qu'il n'y aucun contrôle de l'âge des consommateurs. Comme on le verra, il y a bien un semblant.

Selon mon appréciation d'ensemble, hormis quelques types endormis, cela se passe en toute convivialité et socialité. Vérification d'un vieux de la vieille et de la veille: certaines jeunes filles ont joué le rôle de l'ivresse; en dépit de la légèreté de leur corps, je les retrouverai en bon état de marche le lendemain. Quant à ce contrôle, je constate qu'il fonctionne que sur une seule partie: celle où les boissons sont servies dans des verres. Et cette partie est étrangement délaissée même par les "ayants droit". Donc mesure inefficace. Beaucoup d'ambivalences que la prévention peine à cerner... Suite à des bagarres à la plage d'Yverdon, il est également interdit d'y apporter des boissons en verre. Mais ce n'est pas l'emballage qui crée l'ivresse...

Dans ma discussion, en'affirmant que c'était pire de mon temps (y avait pas que les fins de semaine), je tombe sur une incrdédulité qui me laisse sans voix. Il est vrai que nous étions moins habitués au fait que les filles fumassent et buvassent. Mais bon... Du coup, je suis prêt à mettre la faute sur les médias ou sur une surmédiatisation du phénomène. Aspect émotionnel qui recouvre d'autres problèmes. Il est vrai que les statistiques témoignent d'une augmentation des ivresses à un âge de plus en plus bas. Je connais également des études qui montrent que les jeunes qui font du clubbing ont moins de problèmes. C'est politiquement moins correct et cela ne tient pas bien entendu à l'alcool absorbé mais à la socialisation et à l'intégration parmi les pairs.

Mes images m'emportent loin des clichés réducteurs. Au lendemain d'une soirée qui s'est prolongée tard dans la nuit, les jeunes filles de mon village seraient capable de suivre une ligne droite. Et Céline vendant ses élixirs d'amour (sans alcool) après avoir rencontré son prince, elle a rencontré un vif succès auprès des garçons!

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27/01/2009

La trouvaille de la régie des alcools

La Régie fédérale se lance dans l'édition littéraire en publiant un joli volume offert à la population. Il contient notamment le texte intégral de La fin lamentable de cinq jeunes filles victimes de l'eau-de-vie de Jeremias Gotthelf. Témoignage du "démon de l'eau-de-vie", la première nouvelle du pasteur Albert Bitzius (1838), par le retentissement qu'elle eut, fait partie de la protohistoire de la législation fédérale sur l'alcool de 1887.

Si le récit est empreint d'un ton moraliste propre à l'époque, sa fin (dès la page 150) atteint une dramatique qui ont permis de comparer l'auteur à Balzac ou Dostoïewski. Plongée dans la misère la plus noire et dans l'ordure de la vie. Fine observation de l'alcoolisme, maladie progressive, incurable et mortelle pour Marei, Studeli, Babi, Lisi et Elisabeth. Lu entre les lignes, un roman pornographique à compter le nombre de galants de ces créatures!

La main de Dieu s'appesantit sur ceux qui ne regardent qu'à la bouteille. "A proprement parler, ce ne sont pas des incrédules, pas plus qu'on ne pourrait dire d'un porc qu'il est un athée, un blasphémateur."

Les temps ont sans doute changé. On peut en douter lorsque les onomatopées d'oligoprhrènes retentissent dans un wagon lors de certains retours chargés et embrumés. Quant à la problématique évoquée par Gotthelf, elle sera reprise un siècle plus tard par Carl Gustav Jung. Son fameux "spiritum contra spiritum" aurait en effet joué un rôle déterminant sur la constitution du mouvement des Alcooliques Anonymes!

Mais revenons à notre petit ouvrage illustré de quelques rappels de la législation, parfois sous forme d'aphorisme: L'Etat opère une distinction plus importante que ne le font les consommateurs entre la bière, le vin et les spiritueux. Il est notoire que la taxe sur les spiritueux finance la prévention!

Selon les mots d'Alexandre Schmidt, directeur de la RFA, l'ouvrage est destiné à lancer la révision totale de la loi sur l'alcool (le monopole pourrait disparaitre et entrainer une privatisation d'Alcosuisse). Il peut être obtenu gracieusement en s'adressant à la Régie fédérale des alcools au moyen du formulaire de contact figurant sur son site web.

 

La traduction de la nouvelle par J.Sandoz (1902) se présente dans un style suranné aussi plaisant que cette carte de voeux de F. Hodlergutenberg 004.jpg

18:12 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rfa, gotthelf, alcool | |  Facebook |