22/06/2009

Qu'un âne...

"Un signe de vieillissement que je remarque depuis assez longtemps : mes oreilles s'agrandissent. L'homme montre en prenant de l'âge qu'il n'est qu'un âne."

Journal de Pierre Drieu La Rochelle (1945).

C'est donc un nouvel autoportrait gesticulatoire et dérisoire que je m'offre narcissiquement. Âne triste et solitaire parce qu'entier (comme moi) et orphelin (comme moi) -sa mère est morte à sa naissance. Il s'appelle Vivaldi. On me dit qu'il est très proche des humains. Je le crois. Victor Hugo pensait qu'il fut un temps où, grâce aux anges, les ânes pouvaient parler. Et s'ils parleraient encore, il est probable qu'ils se traiteraient d'hommes quand ils s'engueulent...

Si j'étais sur Facebook, Vivaldi y serait mon ami.

Dérisoire, un adjectif pour dire l'insignifiant. Je rêve d'en faire un substantif, un appareil. Le dérisoire , machine à effacer l'inutile, le contingent comme dirait Sartre... Ainsi, ces lignes vous seraient épargnées, comme tant d'actes gratuits...

Mais peut être que ce dérisoire, nous l'avons déjà en nous. Car, s'il fallait écrire l'histoire de la connerie, nous en finirions jamais.

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18/06/2009

"Ancêtres de la mondialisation", les photographes

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Guillemets parce que je crois que l'expression vient de Raymond Depardon. On n'arrêtera jamais de photographier. Les photos, reflets d'instants fugaces, que chacun peut comprendre à sa manière, pâles reflets retenus parce que le doute est toujours présent et que le temps passe. Précieuses images, rémanentes et, dans leur nudité, sans doutes plus objectives que tout discours sur l'état du monde.

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01/06/2009

Le Flaubert de la General Motors

General_Motors_svg.pngLe dépôt de bilan de General Motors me ramène à un souvenir vieux de quarante ans. Mars 1969, sur le transatlantique "FRANCE". Six étudiants représentant l'Europe des 6, ainsi qu'un petit Suisse (invité en raison des services que notre pays avait rendu lors des négociations du Kennedy-round !) avaient été invités à la Croisière de l'Europe.

Elle fut ponctuée de diverses manifestations culturelles. Ainsi au large du golfe du Lion, dans un salon à tribord, petit colloque sur "les jeunes et la littérature". Animé par Pierre de Boisdeffre (de son vrai nom Pierre Mouton, il avait repris le nom d'un ancêtre pour asseoir sa réputation de critique). Je me souviens également de François Fontaine, auteur de La littérature à l'encan.

Nous fûmes interrogés sur ce que nous lisions. Pour ma part, certainement Sartre et Camus. Je me suis un peu étendu sur Madame Bovary.

Les seules histoires intéressantes étant les histoires d'amour. Devant le parterre plutôt huppé et fortuné de mes auditeurs (nous étions au lendemain de mai 68), je crus bon d'ajouter: J'attends toujours le Flaubert de la General Motors !

Un peu facile, mais j'avais fait impression. Le monde était déjà en train de changer. Le "FRANCE" connaîtra encore, au ralenti en raison du prix du combustible, une Croisière impériale vers Sainte-Hélène marquant le bicentenaire de Napoléon.

Le monde semblait plus petit et plus ouvert. GM, montage suisse de Bienne, était encore un logo renommé. Par un autre jeu du hasard, j'ai eu l'honneur d'être l'invité de la princesse Borghese dans son chalet de Crans. Lors du repas, je demandais au prince quelle était sa relation avec le Borghese, vainqueur de la course Paris-Pékin en 1907. Monseigneur n'avait pas d'intérêt particulier pour l'automobile. Son épouse se relevait péniblement d'un grave accident. Il se borna à me répondre qu'il était administrateur de GM Italy. Unique souvenir de ce repas intime dans un chalet enneigé.

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31/05/2009

Larchant, 1939

C244N24_edited.jpgUn orage gronde au loin. On passe à autre chose. Mais l'orage ne passe pas. Les coups de tonnerre se succèdent avec la régularité d'une bataille rangée. On ne voit rien. On entend juste ce sourd battement prémonitoire d'angoisses enfouies.

L'orage lointain me ramène à un tableau de Balthus. On y voit l'église de Larchant dans un paysage étrangement calme et sous un ciel bleu qui pourtant préfigure la guerre imminente. Le peintre sera mobilisé puis blessé en Alsace. 

 

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Le clocher de l'église ressemble à une guillotine. Dans le magnifique roman du peintre Jacques Biolley ce tableau  qui se situe au coeur de l'intrigue me renvoie à une lointaine blessure. Calme et mystérieux tableau éclairé par les lignes de Jean Starobinski: "Larchant sera toujours, pour moi, le tableau du recueillement avant l'épreuve de la guerre... Quelque chose de fatidique marque le lieu et le moment."

Est-ce la lecture des premières lignes des mémoires de Claude Lanzmann, le Lièvre de Patagonie, qui vient raviver un souvenir?

"La guillotine - plus généralement la peine capitale et les différents modes d'administration de la mort - aura été la grande affaire de ma vie. Cela a commencé très tôt." Chapitre II: "De même que j'ai pris rang dans l'interminable cortège des guillotinés, des pendus, des fusillés, des garrotés, des torturés de toute la terre, de même, je suis cet otage au regard vide, cet homme sous le couteau. On aura compris que j'aime la vie."

J'approuve et je souligne en continuant la lecture tout en venant, comme l'auteur, à ne plus croire à ce qu'il est en train d'énoncer.

Pas difficile de se souvenir du nom de l'inventeur de la machine à couper les têtes. Encore fallait-il la construire. Biolley (p.268) nous rappelle que le prototype fut l'oeuvre d'un facteur de piano allemand, Tobias Schmidt.

Et c'est ici que je disjoncte grave. Le piano fut pour moi (un Schmidt-Flohr?) un vrai instrument de torture. J'ai eu toutes les peines à me débarasser de cet instrument maudit, bien que son chêne-buis eut été du plus bel effet sur le tableau de bord d'une Bugatti Veyron destinée à un potentat africain. Les leçons de piano données par la fille d'une véritable baronne étaient un cauchemar partagé. Elles se donnaient au-dessus du Chat noir. Par un concours de circonstance, mon ami Nanard, tout aussi peu motivé par le clavier, nous vengea en tirant les cheveux, ou le peu qu'il lui en restait, à son ancien professeur de musique et éminent musicologue Henri Jaton. C'était un soir... au Café du Chat noir!

Fin de la parenthèse qui me permet de faire le deuil d'un épisode pleu glorieux et franchement inepte de ma vie, d'un rendez-vous manqué avec un bel instrument.

Le tableau de Balthus ne me lâche pas.  La tour de l'église de Larchant n'est pas une invention, mais bien une relique d'un conflit puisque son aspect mortifère remonte à la guerre des Religions! 

Le tableau (130 /162 cm) fut vendu à un amisap01_mh045571_p.jpg qui vouait une admiration illimitée à Balthus.
Adolphe Mouron dit "Cassandre", l'auteur des fameuses affiches (les chemins de fer du Nord, Dubo-Dubon-Dubonnet, le Normandie...) conserva l'oeuvre jusqu'à sa mort en 1972.
Les deux amis avaient en commun la passion de la peinture et celle de Mozart.

28/05/2009

Grippe porcine, on ne sait pas tout

avaaz 014.jpg(Genève, 27 mars 2009, 17 heures) Un billet comme un simple hommage au travail des photographes d'agence. Sans image, l'information ne passe pas.

Une centaine de cochons roses en carton ont été plantés mercredi devant l'Organisation mondiale de la santé (OMS) par un réseau internet de citoyens qui réclame une meilleure régulation des élevages de porcs industriels après l'apparition de la grippe porcine, selon l'AFP.

La modeste manifestation devant le siège de l'OMC signait la remise d'une pétition signée par plus de 225 000 membres d'Avaaz.org ( the largest global online advocacy network ) provenant de 221 pays et territoires. La pétition a été remise auprès de l'OMC. Alice Jay, directrice de la campagne a pu s'entretenir avec le Directeur de la Sécurité alimentaire de l'OMC. Selon ses déclarations à une chaîne TV hispanophone, un des rares médias présents, l'entretien a été constructif: l'OMS transmettra le dossier à sa direction régionale.

La pétition a également été adressée au Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Dr Jacques Diouf. Elle demande de retravailler le lien qui avait été primitivement établi entre le triple hybride de la grippe A (H1N1) et les méga-porcheries industrielles "sales, dangereuses et inhumaines".

Elle rappelle que le premier cas de grippe porcine avait été constaté au Mexique sur un petit garçon de la région de Veracruz, non loin d'une gigantesque ferme d'élevage de porcs appartenant à une compagnie américaine, leader mondial des produits de charcuterie.  Entre temps, la compagnie a démenti tout lien avec la présence du virus. Il n'en demeure pas moins que les grands lacs de lisiers constituent un facteur de maladies et un risque pour l'environnement. Selon de nombreux scientifiques, ces grandes usines constituent des bombes sanitaires 

 Lors de l'assemblée générale de l'OMS du 20 mai dernier, son Directeur, le Dresse Margaret Chan, avait reconnu que l'on ne savait pas tout. La grippe se transmet par aérosol (72% des passagers d'un avion seraient touchés après un vol de quatre heures) mais d'autres vecteurs ou risques de mutations ne peuvent être exclus. Des travaux fondamentaux s'avèrent indispensables...

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Blagueur was here. Au centre, Alice Jay, responsable de la campagne:
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Et un dernier clin d'oeil: un jeu d'enfant et peut-être un grand pas pour l'humanité!
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 avaaz.org   Contact presse:

Alice Jay +34608934971  or media@avaaz.org

avaaz (ce qui veut dire voix dans plusieurs langues) est une communauté de 3,5 millions de membres.

 

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