28/04/2011

Paris-Belgrade-Kaboul #9

Route de nuit jusqu'à Belgrade que nous atteignons avec une avance confortable, heureux de retrouver d'autres concurrents au contrôle de passage à l'entrée de la ville. Déjà 1800 kilomètres depuis Paris. Etape facile: 23 concurrents (sur 499 voitures) n'arriveront pas dans les délais.

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La nuit est courte. Réveil aux sons des bicylindres et départ à l'aube !

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Quarante ans après, l'itinéraire à l'abandon par l'ex-Yougoslavie est bien moins rapide: il faut traverser quatre frontières avant d'arriver en Turquie. Le trafic passe maintenant par l'Italie et la Grèce.
La meurtière Gastarbeiterstrasse (v. wikipedia) n'est plus qu'un souvenir comme ce raid Citroën. L'état du monde a mis fin à l'aventure et au grand tourisme! Sans le savoir, nous approchions de la fin des trentes glorieuses!
Entraves politiques, introduction des limitations de vitesse (les 90 /130 km/h généralisés, trois ans plus tard en France...). Le premier choc pétrolier a sans doute facilité l'introduction de ce genre de mesures alors que les ceintures de sécurité obligatoires se heurtent a pas mal de résistance...  
Mesures qui feront drastiquement diminuer le nombre des victimes de la route. Nous n'y pensons pas. Pour notre salut, il s'agit surtout de préserver nos montures. Il n'y a pas de voiture-balai sur Paris-Kaboul ! 

27/04/2011

Vitesse et rapidité, Paris-Kaboul (#8)

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Quelques jeunes oies en goguette forcent le passage. Ils nous reste plus qu'à foncer sur l'autoput jusqu'à Belgrade où se situe le premier contrôle de passage.
autoput bratstva i jedinstva, l'autoroute "de la camaraderie et de l'unité" du maréchal Tito n'a que deux voies, souvent en mauvais état. Certains tronçons sont littéralement jalonnés de voitures renversées dans le fossé. De vieilles Mercedes aux plaques allemandes. Le problème ce n'est pas la route, mais les conducteurs. Travailleurs immigrés rentrant en Turquie, immédiatement après le travail, ils s'endorment tous au même endroit. Un pompiste de Jugopetrol raconte que certains conducteurs sont tellement fatigués qu'ils s'endorment immédiatement après avoir arrêté le moteur et qu'il est obligé de pousser leur voiture pour continuer son travail.
Surchargées, ces bagnoles sont dans un état mécanique très douteux. La police autichienne aurait intercepté un véhicule ayant déjà fait 30 kilomètres en marche arrière; il lui restait encore 300 km pour atteindre un pays où les réparations seraient plus avantageuses pour son propriétaire...
Avec ses tôles froissées et ses bains de sang (une dizaine de morts par jour répertorié dans la presse), l'itinéraire acquiert vite une réputation sulfureuse de route de la mort.
Nous doublons des colonnes de camions roulant à 60 km/h. Cinq heures plus tard, arrêt pour préparer du thé. L'eau à peine bouillante, ces trains routiers obstinés nous dépassent. Toute la différence entre vitesse et rapidité!
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post-scriptum:
Je dois à François Nourissier, grand amateur de voitures, cette distinction entre vitesse et rapidité. Dans Un petit Bourgeois, il évoque un parcours dans une Austin Healey à 200 km entre le virage de la Karma de Clarens sur la rectiligne conduisant à la Tour de Peilz. Réminiscence vivace d'une époque à jamais révolue pour l'avoir accomplie avec des conducteurs moins lettrés. Autre Histoire française, celle de notre ami Nanard, qui pour fêter son permis de conduire obtenu le jour même à Annemasse, fera un tête-à queue dans ce virage de la Karma avec une modeste Dauphine...
Bref, dans un ouvrage plus tardif, Nourissier s'explique longuement comment son goût de la vitesse a cédé à celui de la rapidité. L'expérience aidant, on apprend à anticiper et à avancer avec une régularité procurant le même plaisir que la griserie de la vitesse (certes il n'y a pas que l'âge et l'expérience, compte tenu de l'accroissement du trafic et du durcissement du code de la route advenus depuis lors). 
C'était une autre époque,  ou vitesse, notoriété et destin s'associaient peut-être trop facilement. Spyder de James Dean, Jaguar de Françoise Sagan... Dans le domaine des Lettres, il y a encore Roger Nimier, dont le goût pour l'automobile sera longuement évoqué dans un roman de Chessex. Le Journal du Dimanche du 30 septembre 1962  relatait la disparition du Hussard bleu:

Roger Nimier perd le contrôle de son Aston Martin DB4

L’écrivain Roger Nimier s’est tué vendredi soir en voiture, à l’âge de 36 ans, sur l’autoroute de l’ouest. Dans son Aston Martin qui s’est écrasée à très grande vitesse sur le parapet du pont qui enjambe le carrefour des RN 307 et 311, à la Celle Saint Cloud, avait pris place la jeune romancière Sunsiaré de Larcône, 27 ans, qui est morte elle aussi.
La voiture, qui roulait à plus de 150 à l’heure en direction de la province, se trouvait sur la gauche de la chaussée, lorsqu’elle vira brusquement à droite en amorçant un « freinage à mort ». Elle faucha sept énormes bornes de béton avant d’aller s’écraser contre le parapet du pont... Nimier avait eu déjà une Jaguar et une Delahaye. Ses voitures étaient ses jouets préférés. Il en parlait longuement. Il écrivait à leur propos.

Pour revenir à l'autoroute de la mort,  nous parcourrons une seconde fois l'autoput dans les deux sens en 1972, elle était moins dangereuse que sa réputation. Avec une trentaine de chevaux aussi, il convient de trouver la rapidité qui permet une attention et une concentration maximales. 

26/04/2011

Paris-Kaboul #7

Le voyage continue (malheureusement en sens contraire pour le lecteur d'un blog qui s'éloigne du début du récit à chaque fois que l'on rajoute une couche, inutile de renverser l'écran pour rétablir la chronologie du bon vieux livre). Basculer dans le monde communiste, un bien grand mot... J'ai le souvenir d'une pente douce au fur et à mesure que nous nous rapprochons de l'Adriatique et d'une forêt ressemblant aux bois du Jorat. Une promenade après des heures d'adrénaline. Dans un tournant, les douaniers nous accueillent à bras ouverts et nous font signe de passer. Pas de rideau de fer. La Yougoslavie s'était ouverte au tourisme depuis des lustres.

Du communisme, nous ne verrons pas la couleur. Hormis d'hideux monuments à la gloire du prolétariat. Et ce n'est guère un thème de discussion. Commentaire d'un ami et descendant d'une grande famile patricienne bernoise: "On voit bien qu'on est dans un pays communiste, les portes des toilettes ne se verrouillent pas."

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Tiens, voilà qu'une méhari passe à Kranj ( devenu lieu touristique de l'actuelle Slovénie). La méhari, c'était très tendance et plutôt venteux. Avec la poussière des routes asiatiques, on pouvait se passer de crême solaire.

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Des drapeaux yougoslaves partout. En juin 1991, une guerre de dix jours conduira à l'indépendance de la Slovénie. Début de la balkanisation de toute la région avec des conflits ethniques bien plus longs et meurtiers (siège de Sarajevo 1992-1996).

17/04/2011

Paris-Kaboul #6

PICT0037_modifié-1.jpgDans les rues d'ULM. Nous avons fait qu'une bouchée des autoroutes allemandes.

Munich, Salzbourg après le passage de la frontière...

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La caravane passe sous les yeux des estivants. Reste à flanchir les alpes de Carinthie.
Nous avons parcouru 1000 kilomètres. Le moment de faire halte pour la nuit.
C'est la seule oû nous aurons monté la tente.
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c'est ici que les difficultés commencent. Du moins pour ceux qui devront pousser leur voiture dans la montée du Katschberg. Un col mythique, connu de tous les essayeurs automobiles à l'époque, avec une pente de 36%. Maintenant une autoroute passe sous la montagne. A fond en première, surtout ne pas s'arrêter,je prends une photo depuis la voiture.
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Avant de basculer vers le monde communiste...

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13/04/2011

Paris-Kaboul #5

PICT0036b.jpgLe départ, enfin!

Impossible de lâcher d'un seul coup 500 voitures. Ordre de la Gendarmerie nationale. Il est vrai que cela eu donné une colonne de plus de douze kilomètres, roulant possiblement à tombeau ouvert, avec moult dépassements...

Les voitures prennent le départ par grappes de 50 toutes les 20 minutes. Nous sommes dans un des derniers groupes, ce qui fait que nous partons peu avant minuit. Je m'embrouille  dans la banlieue industrielle avant de trouver une route menant vers l'Alsace. Pied au plancher et une courte halte au lever du jour, après une deuxième nuit sans sommeil, avant Strasbourg.

La question du ravitaillement me préoccupait. Nous disposions d'une autonomie de 1000 kilomètres. Mais dans les pays où les colonnes se font désirer? Un temps de ravitaillement moyen de 7 minutes, multiplié par 500, ça pouvait faire de sérieuses attentes. L'expérience montrera qu'il n'en sera rien.

Il est vrai que ce n'est pas une course de vitesse, ni même un marathon. Quoique... Et à revoir ces images après quarante ans, on voit bien que l'esprit de compétition animait la majorité des participants. 

J'avais d'ailleurs promis à la Revue Automobile un article pour ses pages sportives.

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