09/09/2009

Le PARFAITOL retrouvé

"Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des autres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir."

Comment ne pas citer Proust, en l'occurrence? A ras du parquet, le Parfaitol c'est ma petite madeleine à moi. Au fond, tout au fond d'une armoire, je viens de retrouver une bouteille de ce liquide miracle remplaçant la paille de fer. Produit phare et économique des Drogueries réunies lausannoises, le litre était vendu un franc soixante, même à la droguerie du Loin d'Or de la rue de Bourg dont l'impressionnant assortiment d'articles pour les Beaux-Arts me faisait rêver. Efficace, le Parfaitol avait surtout une odeur tenace de térébentine. Après bien des années et des déménagements, je retrouve sa persistance, preuve que les "à fond" avaient été bien faits.

Flacon abandonné à côté d'un paquet de laine d'acier (rendant déjà la paille de fer obsolète) quand les gens, maintenant oubliés, posèrent une moquette grise sur le parquet de sapin. Flacon qui me rappelle cet instrument en fonte que l'on employait pour cirer les planchers. Je m'amusais à poursuivre le chat avec ce jouet encore plus lourd que moi. Ce type d'encaustiqueuse s'appelait un "bloc" à cause de sa forme; je crois même que c'était une marque déposée. Selon le Langenscheidt, blochen signifie, en Suisse, cirer et Blocher c'est une cireuse. Rien à voir avec un homme politique. Pourtant, il m'est arrivé de faire l'amalgame à la contemplation des larges pompes, très bodenständig, chaussant les grands pieds de celui qui était alors un simple Conseiller national. Très loin de l'insoupçonnable légèreté de l'être et de l'âme des gouttelettes du Parfaitol.parfaitol 003.jpg

Toute ressemblance du bonhomme (avec ses cornes) avec blagueur serait purement fortuite et à l'insu de son plein gré

23:05 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : proust, blocher, blagueur | |  Facebook |

Commentaires

Et après le bloc avec la paille de fer, la cire parfumée puis la joie pour toutes les fillettes du dortoir de faire la chaîne avec une "patte" sous un pied et d'improviser une farandole à cloche-pieds pour briller le parquet! Temps révolus, dommage, ça sentait bon et on s'amusait bien!

Écrit par : elicolli | 10/09/2009

Et après le bloc avec la paille de fer, la cire parfumée puis la joie pour toutes les fillettes du dortoir de faire la chaîne avec une "patte" sous un pied et d'improviser une farandole à cloche-pieds pour briller le parquet! Temps révolus, dommage, ça sentait bon et on s'amusait bien!

Écrit par : elicolli | 10/09/2009

Il est vrai que cela fait LOIN, mais il me semble que l'enseigne de la droguerie àtait "Au LION d'or", ce qui nous permettait de dire: "Au lit on dort"
On s'amusait aussi aux contrepèteries suivantes: À la droguerie du Lion d'Or, ne pas confondre le "Parfaitol" et le "Fard Pétole" ni le "Fat pétrole"

Écrit par : Père Siffleur | 10/09/2009

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