23/05/2009

Kurt Tucholsky et madame Pahud

TucholskyMatthiasLaeggesta.jpgIl fait beau et je peux rêver. Le début d'un poème de quatre quatrains. Il est en allemand et je le découvre dans ce petit journal édité depuis 66 ans par Rolf Sigg. Paru le 15 mai 1924, sous le pseudonyme de Theobald Tiger, Parc Monceau est de la plume de Kurt Tucholsky.

Quatre Américaines vérifient les indications du guide Cook qui mentionne les arbres du parc.

Paris de dehors et Paris intime.

Elles ne voient rien et doivent tout voir.

Sous le soleil, le poète en exil voit du dedans et peut se reposer de sa patrie. En 1933, les nazis brûleront  ses livres et le déchurent de sa nationalité. Puis, deux ans plus tard, sa disparition tragique en Suède. Deux épitaphes:

"Tout ce qui est éphémère est allégorique ", tirée du Faust II de Goethe et une seconde autobiographique:

Ici repose un cœur en or et une grande gueule
                                                    Bonne nuit!

Sur la photo, Kurt et Lisa Matthias en 1929. Derrière mes pensées s'évadent. nous sommes des Roseaux pensotants et nos yeux ont besoin d'oeillières. NOS OREILLES N'ONT PAS DE PAUPIERES. "Hélas! Quand nous ne voudrions pas entendre, nous entendons tout de même."Menue monnaie d'Henri Roorda, maître de mathématiques lausannois désabusé. Comme Tucholsky, il n'était pas fait pour vivre "dans un monde où l'on doit consacrer sa jeunesse à préparer sa vieillesse."

Café du Port de Rolle en ce dernier mercredi radieux

Je m'y trouve, guidé par le hasard, en compagnie de la délicieuse T. La courbe de ses yeux (*), Chasseurs de bruits et sources de couleurs, (et de mon coeur...)

Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Quand nous ne voudrions pas entendre, nous entendons tout de même.A la table voisine, François Silvant!  Madame Pahud a invité un vert monsieur alémanique qui dans un français parfait s'extasie sur la qualité des filets de perche. Un homme de goût (!) et de culture. Ne tarissant pas sur la pureté de l'eau, il évoque les travaux d'un docteur honoris causa sur l'eau du robinet. Madame Pahud, qui donc l'invita, désire mettre à profit la science du monsieur fort courtois en l'aiguillant sur la politique. Depuis le formidable Ogi, madame Pahud passa tout le Conseil fédéral en revue, même le socialiste Leuenberger qui "grâce à la Realpolitiket à l'éducation de ss pairs est encore capable de faire quelque progrès selon le docte interlocuteur. Le Valaisan est un peu carré et il veut augmenter les impôts pour aider les handicapés. Quant à la Calmy, elle parle beaucoup et parfois elle ferait mieux de se taire..."

Nous n'entendîmes pas tout. Je pris T. par la main et j'ai murmuré des mots à son oreille attentionnée. Nous avons marché au bord du lac pendant que les jardiniers procédaient au dernier toilettage des plate-bandes en prévision de la grande parade des bateaux de la CGN de ce dimanche.

J'ai oublié de dire à T. que la courbe de tes yeux est également un très, très beau poème d'Eluard. Dommage seulement qu'il soit inscrit au programme du bac français!

minolta 027.jpgLa Courbe de tes yeux

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
                                                 Et tout mon sang coule dans leurs regards.

Paul ELUARD, Capitale de la douleur, (1926)

 

 

 

 

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Commentaires

Singulière convergeance des ces références aux années 20. A commencer par Rolf Sigg, ce pasteur nonagénaire fondateur d'Exit domicilié à Granges! Années folles, années de récession. A quoi bon savoir d'où l'on vient, si on ne sait pas où l'on court?
L'Amour fou, remède au dérèglement du monde, seule issue à la crise? Qu'en pense votre "délicieuse T."?

Écrit par : Mading Woa | 23/05/2009

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