07/05/2009

Une photo qui me parle

qui serait comme la dernière photo et que vous ne verrez pas. La photo est séduction. Le portrait , qui m'habite , me parle et m'interroge. Je n'irai pas plus loin.

Les 373 portraits croqués par 24 Heures présentés au Musée de l'Elysée servent ici de prétexte aux réflexions d'un amateur photographe dépité. Mais d'abord, l'exposition. Les portraits intriguent. Il est réjouissant de constater qu'ils constituent une des rubriques les plus prisées du journal. Il est réconfortant de voir qu'un quotidien honore le travail de ses collaborateurs de l'image. Les photographes de presse tirent la langue depuis des décennies. Concentration, globalisation...

Le divorce presse cinéma (entendez TV) est entamé depuis longue date. Je viens d'assister au travail d'un "cadreur" qui comme un épileptique balançait sa caméra dans toutes les directions. Vrai massacre à la tronçonneuse. Il livrera sa pâture à la monteuse (travail de femme) qui se débrouillera pour trouver les images pour une info d'une vingtaine de secondes dont les plans seront encore castrés par le réalisateur.

legerjoconde.jpgPortrait intime, qui ne peut être qu'un croisement de regards.

Il y a des "visages parlants" à en croire une expression présupposant un consensus devant une oeuvre d'art. Icône devant laquelle on s'arrête. On n'entre pas comme l'on veut dans un tableau.

Sans recours à un narrateur, de préférence bavard, l'image restera muette. Et au bout du compte, vous n'aurez qu'une histoire, celle du romancier.

Le bavard n'est autre que Didier Van Cauwelaert. Dans La maison des lumières , Jérémie Rex rentre dans un tableau de Margritte pour y retrouver l'amour dans le présent antérieur, temps inventé par l'auteur pour situer la limite entre le réel et le surnaturel. Il y a du chamanisme là dedans. Descartes serait le patron des chamans, confidence révélée sur la RSR et qui me rassure. Je ai perdu tout esprit cartésien, surtout depuis ma dernière photographie. D'après d'anciennes lectures des conseils du philosophe à la reine Christine de Suède, je m'étais dit que notre homme était un précurseur de la psychosomatique ou des neurosciences... 

Dans une relation fortuite avec la dernière oeuvre du Prix Goncourt 1994, je suis entré dans une mienne photographie. Ou était-ce l'inverse, l'espace d'un éclair, la photographie muette qui entre dans moi? Je ne suis pas ressorti indemne. Reste un visage.

Un visage doit parler. Il doit parler pour devenir le visage des mots selon la belle expression de Raymond Depardon devenu par nécessité écrivain et cinéaste (dans Paroles prisonnières évoquant ces sans-avenir, devant rester anonymes selon la loi et "qu'il faut placer à hauteur d'auteur".

Hors la loi et sans avenir, un arrêt sur image s'est imposé. Je ne ferai pas mon cinéma et j'arrête la photographie!

Choses qui me dépassent et qui me forcent à aller plus loin. Rencontre fortuite de mon modèle.  Le dernier déclic et un flash qui se meurt dans un dernier éclair. Coup de foudre qui, comme un ricochet devant le haut éclat du modèle, casse mon flash. Coïncidence dont le sens m'échappe.

Les bras m'en tombent et ma dernière prise de vue est à l'image de mon désarroi:

tecla 082.jpg
Remettre les pieds sur terre. Et prosaïquement devoir prendre le contre-champ, partir. Comme les cordonniers mal chaussés, je vais devoir faire appel à autrui qui tirera mon portrait. Ironie du sort, j'ai besoin d'une photo car je viens de constater que ma carte d'identité s'invalide aujourd'hui!
Sans identité mais vivant. (autiste en compagnie de Léger et de Margritte)
empire_lumiere.jpg

00:59 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : surréalisme | |  Facebook |

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