17/02/2009

DEPARDON et les accidents de la Connaissance

LA TERRE.JPGDrôle de titre pour assurer une transition avec mon précédent billet. Les trains à la carte, c'est du passé! Et nous sommes tous devenus des sédentaires! Allusion à un débat entre Paul Virilio et Raymond Depardon à la Fondation Cartier et à l'exposition Terre natale (et fatale) qui s'y tient jusqu'au 15 mars.

Débat quelque peu intello (à réécouter sur le site de la Fondation) devenu soudainement très concret, jeudi 12 février à 23 heures et 3 minutes, en gare de Fribourg. A l'occasion d'un ratage de correspondance impossible. Les voyageurs connaissent bien le couperet de l'aiguille des minutes voulu par le systéme. Quand l'autre train part à 23h 03 pile, vous êtes faits comme un rat. Inutile de se plaindre et à qui? Disparu le chef de gare et son bon sens. Ecrire aux CFF? Ils vous répondront qu'il faut 5 minutes de battement et que cela... alors que 60 secondes auraient suffi...

Je me suis donc retrouvé  nomade en pleine nuit. (Les nomades sont ceux qui ne peuvent être ou qui ne sont plus connectés au système qui nous gouverne et bien plus que nous le croyons, ce qui permet à Virilio de parler des accidents de la connaissance). Et dont je suis ici victime.

Des écrans bleu m'indiquent que je peux revenir sur mes pas, en l'occurrence repartir sur Genève. Assez absurde (d'autant plus que des raisons intimes m'interdisent d'inverser ou de confirmer, je ne sais plus, le sens de La Modification de Butor).

Je revenais de Carouge GE où j'avais assisté dans les meilleures conditions à la projection de La Vie moderne au cinéma Bio. Le film de Raymond Depardon, qui relate la vie des derniers paysans des Cévennes, what else?, jouit d'un succès d'estime tout relatif. La disparition du monde paysan, c'est pas très sexy aux premiers abords et c'est même tarte à la crème. (Comme on a le temps de réfléchir dans un train, je crois bien que le fameux rapport Mansholt sur la diminitution des actifs dans le secteur primaire, et qui fit scandale, va sur ses quarante ans...)

Chef d'oeuvre pour les uns, chef d'oeuvre absolu pour moi. Depardon a réalisé le film de tous les risques. Dix ans, une seule prise à un peu plus d'un mètre, extrêmes limites. Certaines séquences appartiennent définitivement à l'Histoire du cinéma. Et ce n'est pas Godard qui me contredira! Curieusement, on s'aperçoit après coup et, en premier le réalisateur, que l'on est en présence d'une nouvelle mort du cinéma. Impossible d'aller plus loin. Que tout est affaire de langage, "langage occitan, du passé... ou peut-être de l'avenir? ...Je ne sais pas?" (R.D). l

Les philosophes qui s'interrogent sur la Terre natale et fatale penchent pour la seconde hypothèse. Moi, j'ai fini par prendre un taxi. Puis le parti des philosophes.

Conversation avec en filigrane la voix d'Etienne Fernagut et de sa Ligne de coeur. Celle qui nous rassure parce qu'elle évoque les plus malheureux que nous? Mon chauffeur pense à ces enfants handicapés qu'il transporte quotidiennement. Rassurés par des aléas qui nous replacent à l'intérieur de nos propres limites? Quand le prix du carburant augmente, on part plus longtemps à la pêche (non pas aux clients mais aux poissons en Gruyère!).  

Et nous voilà déjà arrivés, devant ce restaurant "où l'on mange si bien" mais qui est fermé depuis dix ans. Il est à vendre, mais n'a pas été vendu: les pancartes ont été arrachées par la dernière bourrasque. Ainsi va la vie... 

 

Commentaires

Victime toute relative du système devant les cinquante disparus de la dernière catastrophe, j'aurais pu intituler ma note: Entre pilotage automatique et amour de soi...

Écrit par : blagueur | 17/02/2009

c'est dans une jolie ferme paysanne du Clos-du-Doubs, sur la Fin du Teck, que j'ai vu le jour et que j'ai grandi. La Terre faisait partie de la famille! Bien-aimée. Aujourd'hui encore. Quand on est une grande famille, il faut alors se la partager, c'est l'occasion pour l'un ou l'un de s'en aller vers d'autres horizons, ou de devenir nomades. Mais la Terre est UNE.
J'aimerais visionner le film de Depardon!

Écrit par : cmj | 17/02/2009

coproduit par France 2 Télévision et Arte-TV, le film devrait connaître une diffusion ultérieure. Mais il vaut mieux le voir sur grand écran, par exemple au Zinéma de Lausanne ces jours.

Écrit par : blagueur | 17/02/2009

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