09/01/2009

Payerne brûle-t-il?

Certes non! On pouvait y croire en écoutant la revue de presse de la radio ce matin. Ville divisée, colère des habitants contre Jacques Chessex qui se serait mis à dos tous les habitants. Ville anéantie sous le feu destructeur d'une très mauvaise image, on se serait cru en plein état d'urgence. 

D'abord, le dernier livre de Chessex Un Juif pour l'exemple est tout sauf un brûlot. En aucun cas. En restant dans les inimitiés et l'ignorance, vous pourrez toujours dire que l'écrivain n'est qu'un nombriliste prétentieux écrivant pour sa propre gloire et on laissera braire.

24Heures de ce vendredi revient  sur cette affaire de 1942 sous le titre du "martyre de Payerne" où les guillemets sont de mise. Dans l'édition de samedi 3 janvier, le long article de Phillipe Dubath sur ce livre  à venir qui "a tout pour déplaire" pouvait commencer à instiller l'effroi. Citant l'archiviste de Payerne, fidèle lecteur de l'écrivain: "le drame, c'est que Jacques Chessex écrit trop bien, alors on le lit de toute façon." Formule que l'on peut raccourcir: Chessex décrit (trop?) bien le drame.

Il décrit les circonstances économiques et sociales, bien plus étendues que celle du district broyard, ayant pu conduire à un acte de folie. Les faits sont connus. Meurtre d'un honnête commerçant en plein jour, cadavre dépecé et mis dans trois boilles à lait que l'on jette au lac séance tenante.

J'ai lu le livre. Chessex cite des noms. Livre introuvable à Payerne. Je confirme ce que vous avez pu lire dans votre journal. Je me suis rendu à plusieurs reprises dans la librairie en soussol. Il fallait réserver, comme la dame sans doute intéressée à un événement ayant marqué sa jeunesse. Je n'ai pas réservé. Réserver, laisser mon nom pour un ouvrage qui serait d'emblée destiné à l'enfer des bibliothèques? Réserver un succès de rentrée littéraire, à cause d'un libraire timoré (on ne va quand même pas en prendre trop, tant qu'on n'a pas vendu le dernier du dernier Bürki?).

La solution du problème se trouvait dans le livre (page 14)! J'ai trouvé le petit ouvrage aux Galeries Vaudoises de Jean Bladt. Elles se prénomment  aujourd'hui Manor et monsieur Bladt s'y rend encore!

Quant à voir une place Arthur-Bloch à Payerne, ce n'est pas demain la veille! La Broye est attachée à la tradition des rues blagueuses du style Allée du Clos-des-Lilas ou Impasse des Pâquerettes. Et la place de la Concorde pourrait fort rester la place de l'Indifférence.

Reste le syndic de Payerne qui trouve que le jacquette du livre n'était pas assez riante. Il aura un problème, d'urbanisme. Sous les toits qui se déglinguent, les faits sont tenaces. De singuliers relents de guillotine trainent dans la ruelle à Thomas.

Enfin, l'avis de Christelle Luisier, mère de famille et accessoirement présidente des radicaux vaudois, " nous avons un devoir de mémoire avec cette histoire" ne pourra être écarté. Il étaye les arguments d'un écrivain que l'on pourra encore entendre sur la RSR, dimanche à 17 heures. 

blancherie 005_edited.jpgMme Luisier, 16.10.2008, à la Blancherie, Gymnase intercantonal. Lieu de mémoire aussi?

Commentaires

Il y a certainement une culpabilité mondiale concernant la Shoa, en tout cas de la part de tous les pays concernés par la Seconde Guerre mondiale, neutres compris.
Cela dit je trouve parfaitement exécrable l'utilisation d'un nom d'une ville pour y associer l'abominable, Vichy en sait quelque chose. Le nom d'un pays,d'une ville ou d'un village est sacré, on n'a pas le droit d'y toucher. Il n'y a pas de crime de Payerne il y a crime de nazis, point.

Écrit par : Christian | 30/01/2009

Vous avez parfaitement raison de nommer ce qui cause peut-être l'agacement des Payernois. Encore que l'exagération médiatique...
Il y a eu un crime commis à Payerne en 1942, ce qui est fort différent du crime DE Payerne.

Écrit par : blagueur | 30/01/2009

Il suffit de regarder la réaction des gens de Romont face à leur célébrissime sadique, qui grâce aux médias actuels restera à jamais la malédiction de cette ville...pour comprendre un peu la réaction des gens de Payerne. Pourquoi n'a t-on pas dit Michel Peyri le sadique, le tueur fou ? Pour épargner les Peyri ? Et d'autant mieux condamner les gens de Romont à être le lieu maudit où ce damné tueur a vécu ?
Rappelons pour rire que la justice vaudoise, dans son immense incongruité, a eu l'intention de libérer ce joyeux drille...

Écrit par : Géo | 30/01/2009

Je ne lirai pas le livre de Chessex, cette histoire je la connais depuis longtemps dans tous ses détails. Je ne reproche pas à Chessex d'avoir écrit ce livre, il peut écrire ce qu'il veut. Mais malgré ce qu'il prétend, il avait un compte à régler avec Payerne, et ce que nous ne lui pardonnons pas, c'est la façon dont, dans ses interviews, il parle de Payerne et des gens de Payerne, de l'époque et de maintenant.
Il n'avait que 8 ans lors des événements, et il brosse un tableau de la ville et de ses habitants qu'il ne peut qu'avoir imaginé plus tard.
Quand on l'entend expliquer Payerne et la région dsna ses interviews à la radio romande, on a l'impression que seul son père et deux ou trois de ses amis n'étaient pas sympathisants nazis. Je suis plus âgée que lui et j'ai pas mal de souvenirs très précis de mes parents et d'autres personnes à cette époque qui, dans la mesure de leur possibilités, luttaient pour la défaite allemande.
C'est plus que faux, c'est une ignominie de faire croire aux jeunes générations que la population suisse, en général, et vaudoise en particulier, était pro-nazie.
J'ai l'impression d'être en face d'un caractériel qui veut se donner le beau rôle, et je pense parfois qu'il radote complètement.
L'avez-vous entendu prétendre qu'il sort son livre en janvier pour laisser l'automne et la saison des prix littéraires au jeunes auteurs ? C'est n'importe quoi. En faisant paraître en janvier, il a toute la presse à ses pieds et peut trôner tel l'Empereur des lettres romandes qu'il croit être.

Écrit par : gamine | 30/01/2009

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