09/12/2007

Photo ratée

Photographier, au flash, un château alors que le ciel déverse un torrent d’eau et de neige, c’est évidemment courir à la perte de la photo. Photographe humide. Photo ratée, photo relais quand même.
Qui, de par sa technique, me ramène à une date bien précise. Une belle nuit d’été sur le bac qui me ramène en Suisse. Miroir du lac dévoilé par une imperceptible lumière. Appuyé sur ma voiture, je savoure un bain d’étoiles après la fatigue. Moment de sérénité interrompu par un éclair. Des touristes japonais impatients imaginent immortaliser ce moment en photographiant l’autre rive. Eclair dérisoire. Souvenir que la pellicule ne peut retenir. Au même instant, la radio annonce le décès d’Elvis Presley.
Souvenir extrêmement vivace de cet espace temps. Des psychologues ont tenté d’expliquer ce phénomène lié notamment au 11 septembre et à la destruction des Twin Towers. Pour ma part, je revois encore mon petit voisin, en cette fin d’après-midi, se lancer à vélo contre la ferme paternelle dans l’intention de la fendre. Ceci bien avant avoir vu les images en boucle… Les dates : 2001 et 1977 pour la mort du King. Mais ceci est loin de mon propos.
On peut rater une photo comme on peut rater sa vie. Ou même la perdre. Par manque de précaution et de savoir. Par inadvertance. Par lourdeur.
Je suis frappé par l’incroyable désordre qui se dégage souvent d’un véhicule accidenté. Petit caniche tué par le choc, sac éventré éparpillant d’inutiles trésors, journaux jamais lus parmi d’autres paperasses. Sans compter les objets bien plus lourds et plus dangereux traînant inutilement depuis longtemps dans le coffre et la carcasse. Quel poids et quel risque surtout!

« Le poids, c’est l’ennemi ! ». Vieil adage du sport automobile que je n’ai pas oublié. Ne pas s’encombrer. Aujourd’hui, je m’étonne de l’extraordinaire légèreté avec laquelle je voyage dans l'errance. Et surtout de la prudence avec laquelle je conduis. Avec sérieux en somme et une attention égale, sinon supérieure à celle des transporteurs et  autres pendulaires. Impression de faire un travail. Dans l’urgence et quasi en danger de vie. Impression encore de ne pas maîtriser : le but, c’est la route. Ne pas rater la bonne sortie, alors que j'ignore la destination du voyage. Ne pas se laisser distraire. Se méfier de l’imaginaire, de ses préjugés et de ses sensations personnelles.

C’est ici que l’on rejoint la photographie et son essence. Raymond Depardon :
« Il faut faire très attention à ses sensations personnelles, elles n’ont rien à voir avec l’expression photographique. Elles sont totalement différentes, un peu comme le discours amoureux. Ce n’est pas toi qui commandes, c’est l’autre. La photographie, c’est pareil, ce n’est pas toi qui commandes, c’est l’autre, c’est le sujet, c’est la lumière, c’est le moment, c’est le réel qui commande. »
Dont acte à l’image du château de Gruyères saisie cette nuit de décembre, dans l’urgence.

02:08 Publié dans Avent | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |

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